Associations au Service du Mouvement National et Facteurs de Changement

"Ce peuple n'est ni anglais, ni autrichien, ni antifrançais (...) il est belge (...)" - Phrase extraite d'un rapport du préfet de la Dyle écrite en 1810.

 

Au XVIIIe  siècle,  la Belgique était dotée d’une cour, d’une représentation diplomatique et d'autres institutions propres. Avec l’invasion française, suivie d’une annexion forcée, les Belges n'étaient évidemment pas contents avec la situation de leur pays. La conscription n’était pas populaire au sein de la population et les impôts étaient lourds. Fatigués par toujours devoir discuter le pour et le contre, les Belges découvraient que les inconvénients dépassaient de loin les avantages. Quand les Français sont partis, une conscience nationale naissait dans le pays mais son heure de gloire n’était pas encore venue.

 

Avant la Révolution belge, il y avait des associations créées par des gens qui n'étaient pas d'accord avec les Provinces-Unies et les privilèges sociaux et les particularismes locaux. A partir de 1784, les Patriotes ou les Démocrates n'hésitèrent pas à s'exprimer politiquement. Ils étaient majoritairement issus de la classe moyenne et du grand négoce. Ils étaient opposés ouvertement à la famille d'Orange qui gouvernait les Provinces-Unies, attirés par le système républicain. Pourtant, le règne du Joseph II ouvrait une ère de réformes après avoir éliminé des oppositions politiques.  Avec l'Edit de Tolérance en 1781, le catholicisme cessait d'être la religion de l'Etat. Ceci provoqua de vives inquiétudes de la part des catholiques qui n’étaient désormais plus les seuls a jouir des droits citoyens. La proclamation des édits du 1er janvier 1787, était le principal facteur de l'opposition aux réformes décidées par le pouvoir. Pendant le même mois, les Etats de Hainaut et les Etats de Brabant exprimèrent leur opposition aussi.

 

Un  groupe d'opposition se forme par la suite à Bruxelles autour de l'avocat au Conseil Souverain de Brabant, Jean-François Vonck (1743-1792). Il est composé par les hommes de la loi et du clergé séculier. L'association diffuse la 4ème lettre du comte de Mirabeau sur la liberté de l'Escaut  "La Nation belge doit employer ses propres forces pour se soustraire au joug autrichien et se rendre indépendante; cela étant fait, il sera temps alors de penser à des alliances à contracter". Dans le contexte du XIXe siècle, il suffisait de remplacer le joug autrichien par le joug hollandais pour que lq lettre gqrde toute sq force. Un autre avocat, J.B.C. Verloy (1746-1797)  structure une société sécrète nommée 'Pro  Aris et Forcis' pour organiser une armée d’émigrés dont l’entrée dans les Provinces-Unies coïnciderait avec le soulèvement de la population. Cette opposition autour de Verloy et Vonck était contre les réformes décidées par le pouvoir; non pas parce qu'elles représentaient des privilèges sociaux mais parce qu'elles étaient des décisions imposées d'en haut. Les "vonckistes" se décrivaient eux-mêmes comme ouverts aux nouvelles idées et influences.  A l’instigation de la société “ Pro Aris et Forcis ”, on diffuse le 'Plan de Constitution' qui déclare : "Tous les pouvoirs émanent du peuple".

 

Un autre avocat du Conseil Souverain de Brabant, Henri van der Noot (1731-1827) avait les positions contraires. Il symbolisait une résistance extérieure aux réformes et restait fidèle aux privilèges sociaux et aux particularismes locaux. Avec le Plan de Constitution, une opposition entre les "vandernootistes", attachés au régime ancien et les vonckistes, partisans des institutions politiques nouvelles, se forme. Chaque mouvement forme son propre comite : les vandernootistes le Comité de Breda et les vonckistes le Comité de Bruxelles. Le soutien social des deux comités était différent. Pour le Comité de Breda, il y avait le soutien religieux des doyens et des abbés; pour le Comité de Bruxelles, il y avait l'encouragement des hommes de la loi et de certains prêtres séculiers.

 

Avec la libération de Gand par l'armée du colonel van der Mersch le 27 octobre 1789, des comités locaux se mettent en place partout dans le pays. A Gand, un Comité Général se forme et un autre aussi à Mons. Le 30 novembre 1789, l'indépendance de la Flandre est proclamée. La période française se traduisait par une annexion avec un alignement sur des institutions jacobines, elles-mêmes formées dans une France qui sortait de l’Ancien Régime.

 

L'état belgo-hollandais de 1815, avait une population de confession protestante au nord et cette réalité déplaisait aussi bien à la seconde génération des catholiques qu'à leurs aînés (ceux qui réagirent en 1815) . Cette seconde génération était porteuse  d’une nouvelle démarche intellectuelle. Ils étaient mécontents avec l'utilisation du mot liberté par l'Eglise. Ils étaient pour la défense du catholicisme en Belgique.

 

En même temps, les jeunes libéraux commençaient à faire d'autres calculs. Ils se passionnaient fermement pour la liberté des cultes et n'aimaient pas voir la liberté de la presse brimée par des  procès retentissants (les journalistes étaient jetés en prison). Ils étaient en accords avec les catholiques sur certaines revendications fondamentales: le vote annuel du budget, la responsabilité ministérielle et l'établissement d'un régime parlementaire. La bourgeoisie tenait compte de sa force et introduisait d'autres plaintes et griefs; il y avait un déséquilibre des postes de la haute administration au profit des Hollandais, des mesures de néerlandisation et les impôts étaient jugés trop favorables aux Hollandais.

 

En 1828, la création de l' "union des oppositions" apporte le tournant décisif. Au lieu de se combattre, les catholiques et les libéraux s'unissent et décident de promouvoir les libertés fondamentales, dont les plus importantes étaient la liberté des cultes et la liberté de la presse.

 

L'effet de  l'opéra "La Muette de Portici" (voir section sur l'art) a fortement frappé la cité de Bruxelles, le 25 août 1830. Au lendemain de la séance de l'opéra, l'anarchie d'une révolte inspirée par le thème de la pièce continue. Elle s'aggrave par la passivité de la police, l'affolement des autorités et le manque d’initiatives de ceux qui auraient du agir. Puisque personne ne parvient à restaurer l'ordre, les notables s'en chargent. En quelques heures, une garde bourgeoise quadrille la cité et rétablit la situation en créant une force administrative. Sans l'avoir prémédité, les révolutionnaires se trouvent  maîtres du pouvoir de fait. La bourgeoisie se trouve soudain en position de force.

 

La réaction du roi hollandais, Guillaume II, est erronée.  Il avait toujours eu une attitude qui, au lieu de calmer et satisfaire, encourageait et irritait. Il allait continuer comme si de rien n’était, en laissant pourrir la situation. Au lieu d’intervenir militairement et d’écraser la révolte, il se contenta  de rassembler une armée hollando-belge devant les portes de Bruxelles en pensant que la vue des soldats produira un apaisement général et un retour a la normale.

 

En province, les troubles se multipliaient selon le modèle bruxellois. Une commission bourgeoise avait pris le pouvoir à Liège après que les mêmes désordres  avaient éclaté dans les centres industriels de l'ancienne principauté. La même chose s’est produite dans d’autres villes (Leuze, Soignies, Enghien, Louvain) . En d'autres endroits comme Mons, Bruges, Namur et Gand il y avait beaucoup de prises de pouvoir par des conseils bourgeois "des soviets" et des maintiens de l'ordre dirigés avec enthousiasme et énergie par des gouverneurs militaires. Mais partout des volontaires  prenaient la route pour Bruxelles.

 

L'action  décidée par le roi a faillit réussir le 25 septembre, quand la plupart des meneurs, découragés, fatigués et désespérés, étaient en fuite dans un hôtel de Valenciennes. Mais ils ne savaient pas qu'à l'intérieur  de Bruxelles il y avait deux ou trois milles aventuriers armés et originaires de la ville ainsi que d’autres volontaires venus de la Wallonie et de Flandre. En ce moment, la capitale focalisait les espoirs et les aspirations des révolutionnaires; tous ceux qui n'avaient rien à perdre. Quand cette armée hétéroclite força la porte de Schaerbeek, l'armée hollando-belge,  prête à se défendre mais pas à se battre, s'enfuit au Parc devant le palais. Il suffisait alors de fermer les issus du parc. Après quatre jours de combats, les soldats du roi, démoralisés et désertés en grand nombre par des soldats d'origine belge,  finissent par se replier vers le nord pour aller s'enfermer à la citadelle d'Anvers.

 

En même temps, les meneurs sont revenus pour féliciter le gouvernement provisoire constitué à Bruxelles. L'indépendance a été proclamée le 14 octobre et dans tout le pays les chefs de provinces se sont réunis en quelques jours. Le 3 novembre les élections générales permettent à 30 000 électeurs (sur les 46 000 convoqués) d'élire leurs propres représentants à un Congrès national. Un gouvernement provisoire est mis en place en attendant la suite.

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