La Religion

Contrairement aux souhaits de la nation belge, le régime français appliqua des mesures impopulaires en matière visant la religion et l’église. Ceci suscita des réaction négatives partout à l’intérieur de l’ancien territoire belge mais plus profondément encore dans les anciens Pays-Bas autrichiens.

 

             Ce fut la même chose pour la vente des biens de l’Eglise qui commença en décembre 1796, ainsi que pour l’application de la constitution civile du clergé, qui avait été votée le 12 juillet 1790.

 

             En ce temps, la vente des biens de l’Eglise heurte beaucoup de catholiques, mais en même temps, les acheteurs des biens, les bourgeois laïcs, sont plus que contents.

 

             Un autre fait troublant dû à l’annexion est le serment de fidélité qui fut imposé aux prêtres. Ce serment créa une division entre prêtres dits « assermentés », « soumissionnaires » ou « jureurs » et prêtres dits « réfractaires » ou « insermentés ». Cette division n’est pas très importante sur l’ensemble du territoire de la Belgique mais plus particulièrement dans le pays liégeois.

 

             Malgré la Constitution de l’an III, selon laquelle « nul ne peut être empêché d’exercer, en se conformant aux lois, le culte qu’il a choisi; nul ne peut être forcé aux dépenses d’un culte », le Directoire supprime les congrégations religieuses (1er septembre 1796 et 25 novembre 1797) et réglemente strictement l'exercice du culte interdisant toute manifestation extérieure. À la fin du Directoire et au début du Consulat, de 1797 à 1802, l’Eglise n’a plus de hiérarchie dans les départements réunies.

 

             Ce n’est que dans les régions de pratique religieuse traditionnellement élevée comme les pays Waes, Campine et Ardennes, que se sont développés des mouvements d'opposition armés, dont le plus important est connu sous le nom de la « guerre des paysans ». Sur le reste de la Belgique tout reste calme.

 

             Les évolutions rapides sont perceptibles dans certains domaines comme celui de l’assistance. Alors que sous l’ancien régime, tout ce qui était « bienfaisance ou assistance », était affaire de l’Eglise. Les évolutions apportèrent des hôpitaux civils créés en 1796 et les communes furent obligées d'installer sur leur territoire des bureaux de bienfaisance. Paradoxalement, par l’arrêté du 22 décembre 1800, le ministre de l'intérieur lance un appel aux religieux, considérant que « les secours nécessaires aux malades ne peuvent être assidûment administrés que par des personnes vouées par l’état au service des hospices ou dirigées par l’enthousiasme de la charité ». C’était à reconnaître l'échec de la laïcisation de l’assistance et l’importance de la charité Chrétienne ».

 

             Un tournant décisif fut la signature du concordat par Joseph Bonaparte et le Cardinal Consalvi le 14 et 15 juillet 1801, par le pape Pie VII le 15 août et par le Premier Consul le 8 septembre de la même année. Le culte était désormais public mais l'Etat se réservait le droit de pouvoir le réglementer. Les excès révolutionnaires et les tendances antireligieuses guidèrent le mouvement des catholiques belges vers la recherche de la liberté au cours des premières années de régime français. On espérait que le Concordat de 1801 « allait amener un relatif apaisement ».

 

             Ainsi des diocèses sont rétablis, mais pas dans leurs anciennes limites et les nouveaux évêques sont tous français.

 

             De Pradt, archevêque de Malines, nommé par Napoléon Bonaparte, se dressa contre le chapitre et le chanoine Stevens, vicaire général de Namur, mena une campagne contre le Concordat.

 

             Les relations des catholiques et de l'église avec l'état empirent quand le 2 février 1808, l'occupation de Rome par l’armée française, ouvrit un conflit entre Napoléon et le Pape.

 

             Les réactions produites successivement ou simultanément, selon les cas, par la Constitution civile du clergé, par la vente des biens de l'Eglise, par la conscription et par l'application du Concordat, poussent le peuple à avoir un plus fort attachement à la religion et à l'Eglise.  Cet attachement n'est pas encore transcrit dans les idées des les groupes menant une action publique.

 

             L'application d'autres décisions politiques favorise des mouvements de concentration économique, ce qui ensuite rend les acquéreurs de biens nationaux capables de s’investir dans la révolution industrielle.  Ils formeront par la suite le noyau de la nouvelle bourgeoisie anticléricale complice de la laïcisation.

 

             Sur l'axe Etat-Eglise, il ne faut pas négliger l'opposition avec le traditionalisme catholique, même si elle n'intervient pas vraiment dans les débats politiques.

 

             Après les Cents jours et la défaite  de Waterloo le 18 juin 1815, la France a du céder tous les territoires qu'elle avait acquis en 1814.  Même Philippeville, Mariembourg et Brabançon qui ne faisaient pas partie des anciens Pays-Bas avant 1795 ont du être cédés.

 

             La perspective d'indépendance qui s'ouvre au début de 1815 se ferme donc aussitôt.  Il s'agit du troisième échec en l'espace de vingt cinq ans: l'expérience de 1790 a échoué après quelques semaines, la chance de 1814 fut complètement ignorée.

 

             Ainsi la Belgique fût annexée à la Hollande par le Congrès de Vienne.  Le Roi des Pays-Bas, Guillaume 1er d'Orange, a pensé qu'une fois la Belgique annexée, il pourra aussi y étendre l'autorité de la loi fondamentale de 1814.  Cette loi qui était la première Constitution du royaume des Pays-Bas, confiait le pouvoir législatif au roi et aux états généraux. Elle inaugurait un régime monocaméral, ignorant les principes de la séparation des pouvoirs et de la responsabilité ministérielle.  La constitution évitait l'usage de l'expression « pouvoir exécutif » et attribuait au roi des prérogatives étendues.

 

             Le régime du nouveau royaume ressemble à un compromis entre la monarchie parlementaire anglaise et la monarchie absolue.

 

             Le roi des Pays-Bas désigna 1600 notables belges appelés à donner leur avis à propos de la Constitution.  Le roi prévoyait la liberté de conscience, l'égalité des religions et l'exclusion du clergé dans les assemblées représentatives.  La constitution venait de confier la police des cultes à un prince protestant et à placer tout l'enseignement sous son autorité. En plus, toutes les lois existantes mettaient en place une reconnaissance complète du divorce.  La proposition du texte constitutionnel produisit l'opposition de la hiérarchie de l'église catholique.

 

             Le 28 juillet 1815, les évêques adressent au roi des << représentations respectueuses>> contre ce qu'ils pensaient être une violation du décret du 7 mars 1814, selon lequel << la puissance spirituelle et la puissance civile seraient maintenues dans leurs bornes respectives ainsi qu'elles sont fixées par les lois canoniques de l'église et les anciennes lois constitutionnelles du pays... et que c'est aux autorités ecclésiastiques que l'on devra s'adresser pour tout ce qui concerne la religion >>.  Voilà ce qui est écrit dans le décret dont certaines parties se trouvent dans << le Journal officiel du gouvernement de la Belgique >>.

 

             Puis le 2 août 1815, Monseigneur de Broglie, l'évêque de Gand, lance une << instruction pastorale >> déclarant que les catholiques ne pouvaient pas accepter la Loi fondamentale en bonne conscience.  L'évêque de Tournai et celui de Namur le suivent.  Malgré une telle opposition à sa Constitution, Guillaume d'Orange confirme la nouvelle Loi fondamentale le 24 août.

 

             Une caractéristique de la Loi fondamentale est toujours présente - le fait qu'elle ne distingue pas entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif mais entre le pouvoir législatif et les devoirs du roi.

 

             Après les concessionsfaites, tel que laisser des belges catholiques participer dans les discussions pour créer de nouvelles lois ou changer les impôts le roi Guillaume d'Orange espérait le ralliement des catholiques à sa cause.  Mais, contrairement à ses souhaits, c'est la société toute entière, avec les prêtres français placés à la tête des diocèses, qui constitue l'opposition ouverte au régime hollandais.  Cette opposition est due au fait que les catholiques craignaient les Néerlandais car ils pouvaient être le vecteur du calvinisme.  Cette crainte est nourrie par le fait que les catholiques se tournent avec beaucoup plus de ferveur vers la France de la Restauration.  Mais il ne faut pas croire que l'opposition vient majoritairement des quartiers français, l'opposition vient même des représentants des régions flamandes.

 

             Ceci n'est qu'à partir de 1824 que les politiques religieuse et scolaire déclenchent la cristallisation d'une nouvelle opposition dans le monde catholique.  Leur motivation provient du fait que le roi s’apprête à soumettre l'enseignement catholique au contrôle de l'Etat.  Cette volonté du roi crée une division d'opinion, il a l'approbation des anticléricaux et il a l'opposition des catholiques.

 

             C'est ainsi que le Concordat du 27 juillet 1827 fut un compromis qui donna satisfaction à l'Eglise par la création des évêchés d'Amsterdam, de Bas-le-Duc et d'Utrecht.  Le pouvoir civil fut contenté par la possibilité d'intervenir dans la nomination des évêques.

 

Louis de Polter définit et défend publiquement un véritable programme d'opposition au régime hollandais, dont il prend la tête.  Les libéraux et les catholiques peuvent enfin s'unir sur ce programme.  La campagne d'union se développe avec la rédaction des pétitions, dont certaines recueillent un nombre considérable de signatures.  A la veille de 1830, la situation est dominée par une nouvelle génération qui s'exprime volontiers par la voie de la presse. Tel que le « le nouveau conservateur Belge ».

 

On est pour la première fois en présence d'une génération de catholiques qui n'espèrent plus la restauration de l'ancien régime, qui ont appris à se méfier du pouvoir civil sous deux régimes successifs et qui voient l'intérêt d'admettre et d'utiliser les libertés, au premier rang desquelles la liberté d'enseignement.

 

On est aussi pour la première fois en présence d'une génération de libéraux qui considèrent donc que le pouvoir civil n'a plus à être aussi redouté et interventionniste comme il l'était tant que la crainte du changement persistait.

 

Cette génération met fin à la période de transition depuis l'Ancien régime et crée un régime constitutionnel moderne suite à la Révolution de 1830.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site